Ranger, une saine obsession

Chaque début d’année, nous prenons de bonnes résolutions. C’est notre façon de dire :

 

« Dorénavant, ma vie sera mieux rangée, afin de démarrer sur de nouvelles bases. »

 

Au printemps, nous effectuons « le grand ménage de la maison », période de renaissance après l’inhibition hivernale. Nous nettoyons, réordonnons, jetons le superflu, comme si seul l’essentiel devait subsister, dans notre lieu de vie et dans notre esprit.

 

Anodin, quotidien… L’acte de ranger est chargé de sens :

  •  C’est être flexible, car ranger revient à refuser de se laisser envahir par le chaos. Notre première activité de rangement consiste donc à apprendre à penser, c’est à dire à classer, à établir des lignes de partage, à poser un cadre.
  • Ce n’est pas de l'hyper-contrôle ou de la rigidité.

L’exemple le plus marquant est celui de la vie du philosophe Kant : extrêmement rangée, sans aspérités et réglée à la minute près. Il accomplissait chaque jour sa promenade à la même heure et n’en modifia le trajet et l’horaire que deux fois dans sa vie. La première, en 1762, pour se procurer Du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau. La seconde, en juillet 1789, pour acheter le journal annonçant la chute de la Bastille.

 

Un autre exemple, la fameuse phrase « range ta chambre » entendue de nos parents, premiers responsables à notre initiation à l’apprentissage des règles sociales, donc de l’ordre. Nous pouvons rencontrer des difficultés à ranger, car nous n’arrivons pas à faire la part des choses entre nos besoins et nos pulsions.

 

  • C’est notre façon de marquer notre territoire, de revendiquer notre identité. Notre besoin de besoin de ranger permet de s’assurer que notre espace restera identique et d’éloigner toute menace d’envahissement. C’est une source d’apaisement.
  • C’est refusé de se laisser envahir, c’est apprendre à dire non. Pourquoi conserver dans ses tiroirs, tels des trésors, de vieux bouchons, des bouts de ficelle parfaitement inutiles ? Le rangement peut être une tentative de mettre ses biens à l’abri : si tout est en ordre, je suis protégé, je retiens mes possessions. Très souvent, ce besoin quasi vital renvoie à des souvenirs de manque. »
  • C’est révélé sa créativité. L’amour de la collection commence quand l’enfant prend le goût d’ordonner le monde qui l’entoure. Les grands collectionneurs nourrissent souvent le rêve de bâtir une sorte de musée intime. C’est le besoin de tout ranger dans son espace, sa maison, afin d’apporter la preuve de notre présence et de notre singularité, aux autres et avant tout, à nous -même.

Peggy DYEVRE 

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